Sarah Baker
Norbert Briar
Daniele Buetti
Margi Geerlinks
Shadi Ghadirian
Robert Gligorov
Gregory Green
Harma Heikens
John Isaacs
Dominic McGill
Istvan Nyari
Yoshua Okon
Ixone Sadaba
Carlos & Jason Sanchez
Andres Serrano
Petroc Dragon Sesti
Stephen j Shanabrook
Cindy Sherman
Paul M Smith
Cédric Tanguy
Michael Van den Besselaar
Gerald Van der Kaap
Ivan Witenstein

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La page d’accueil de www.oracleoftruth.com (d’une rare austérité graphique), propose deux champs au visiteur : le premier pour fournir une adresse e-mail où recevoir la réponse formulée dans le second ; le bouton « submit » remplace avantageusement les sacrifices humains ou animaux de naguère, et rien ne dit que le résultat ne soit pas aussi efficace. « Oracle » signifie aujourd’hui « base de données », et la pythie a fait place au réseau, où se croisent chaque seconde des millions de mythologies personnelles. Bien qu’il n’y ait pas de rapport direct entre oracleoftruth.com et l’exposition du même nom à la galerie Aeroplastics Contemporary, le mystérieux site divinatoire et est à l’image des œuvres convoquées par Jérôme Jacobs pour évoquer, sur fond de mythologie populaire, la confrontation entre le rêve millénaire de maîtriser l’oracle de nos propres destinées, et la réalité dans laquelle celles-ci sont ancrées.

Disciple ce C.G. Jung, Marie-Louise von Franz a traité de la psychologie de la divination, mais également des mythes de création propres à toutes les civilisations. La destruction originelle y joue souvent un rôle important, car l’ordre procède du chaos. Pour accélérer le processus à l’échelle terrestre, le meilleur moyen semble encore de remettre la recette de la bombe atomique entre les mains de tout un chacun, comme s’y emploie Gregory Green depuis plusieurs années ; il présente ici une version plus modeste, mais visiblement très efficace, d’un engin de destruction. Sa Torah et son Coran personnalisés rappellent, si besoin en est, le solide lien qui unit religions monothéistes et pulsion de mort ; la mythologie de Green comporte sa part d’utopie régénératrice, en témoigne sa volonté de coloniser une île vierge du Pacifique Sud, pour y fonder un état libre – dont la galerie Aeroplastics est d’ailleurs une ambassade (voir la plaque apposée à l’entrée et le drapeau flottant le long de la façade). Citoyen américain, l’artiste stigmatise par ailleurs les multiples atteintes aux libertés publiques du gouvernement Bush, avec la page d’un manuscrit arabe marqué du sceau « US Customs ». La religion est également au centre du travail présenté par Margi Geerlinks, de jeunes enfants qui portent, comme tatoués à même la peau, les Dix Commandements – l’enfance considérée comme catalyseur potentiel de tous les péchés à venir… Les images sont à double sens : on se souvient des déboires de Sally Mann avec une censure américaine offusquées par les images de ses propres enfants ; dans une époque marquée de nouvelles chasses aux sorcières et le retour du politiquement correct, les photographies d’enfants dénudés de Margi Geerlinks ne manquent pas d’ambiguïté : les Commandements ne sont-ils pas davantage adressés au regardeur ? La colombe mystico-symbolique de Robert Gligorov plane sur le débat…

Shadi Ghadirian, dont c’est la première exposition dans une galerie en Europe, illustre le télescopage entre tradition et modernité dans une société iranienne en pleine mutation. La série « Qajar » évoque les portraits photographiques du début du XIXe siècle ; des femmes voilées posent à côté d’emblèmes de la mythologie consumériste actuelle (vélo, radio, …). Dans les images de « Like every day », le visage de la femme disparaît derrière un ustensile ménager. Interprétée un peu abusivement comme une critique à l’égard du voile islamique, cette série aborde le thème malheureusement universel de la femme-objet. Mais les mythologies personnelles se nourrissent aussi des cultes rendus aux divinités contemporaines que sont la célébrité et l’exploit sportif. Les deux se retrouvent décuplés dans les montages de Paul M. Smith où la star Robbie Williams incarne – en plus de sa propre notoriété – tant les joueurs d’une équipe de football victorieuse, que les fans déchaînés de celle-ci. Les vues d’intérieurs de véhicules – jets privés ou limousines – de Michael Van den Besselaar évoquent, de manière aseptisée, le dernier élément de la sainte trilogie : l’argent, sans lequel la célébrité n’aurait guère de sens. Les peintures hyperréalistes de Istvan Nyari – GI-Joe’s and Me ; Blade Runner, en appellent au culte populaire du super-héros et de la science-fiction, tandis que l’étrange image de Gerald Van der Kaap évoque un monde où le corps échapperait à la gravité, dans un cadre curieusement familier.

Mais il arrive que la réalité rêvée échappe à tous les possibles : tel est le sujet de la vidéo que Sarah Baker consacre à Bill May, qui excelle dans la nage synchronisée, mais se voit fermer les portes de la renommée d’une discipline exclusivement féminine… D’autres aspirations semblent vouées au néant, ainsi que le suggèrent Carlos et Jason Sanchez, qui reconstituent avec une grande minutie des espaces domestiques en prenant soin de cacher toute trace de mise en scène ; un détail insolite vient bousculer le « naturel » de la situation, sans que les protagonistes n’y prêtent attention – l’eau bénite qui se transforme en sang sur le nouveau-né baptisé. Quant à l’homme assis à sa table de travail – un taxidermiste amateur ? –, est comme dépassé par la tâche à accomplir. Rien de tel chez Norbert Briar dont les modèles, des jeunes filles nues un peu trop maquillées, jouent avec insouciance au milieu de magazines d’art. Quant aux caissons lumineux de Daniele Buetti, ils soulignent la fragilité et la beauté éphémère des mannequins de mode qui restent son matériau de prédilection. Malgré sa masse – ou plutôt, à cause de cela –, la créature de John Isaacs, dévorée par son obésité, est tout aussi fragile. Il s’agit là de la nouvelle version d’une créature conçue par l’artiste comme un autoportrait métaphorique – il se réfère au Portrait de Dorian Grey : l’excès de graisse est à l’image du stress et des émotions dont la société contemporaine nous gave à l’envi, sans échappatoire possible.

L’autoportrait, ce n’est pas une surprise, occupe une place de choix dans l’exposition : ambigu avec Cindy Sherman, étrangement décalé chez Ixone Sabada, voire franchement baroque avec Cédric Tanguy et sa représentation inversée du mythe de Romulus et Rémus. La même légende revisitée par Harma Heikens nous montre les fondateurs de Rome tétant… une truie. « Baroque » s’applique également aux pièces de Ivan Witenstein, chargées de multiples références, révélant les tensions entre mythe et raison. Les sculptures de Petroc Dragon Sesti n’offrent pas non plus de message univoque, qu’il s’agisse d’une mini tornade domestiquée (Fluid Icon), ou de corps en cire, à la fois sereins et irrémédiablement mutilés. Des mutilations qui ne sont pas sans évoquer les chocolats de Stephen J. Shanabrook, moulés au départ de corps blessés, dans des morgues russes et américaines. Ces signes mortifères reprennent temporairement place parmi le monde des vivants, participent au plaisir de vivre, avant de disparaître à nouveau, via le cycle de la digestion. Beaucoup de ces plaies semblent avoir été causées par balle : le contraste est frappant avec la froide stylisation du canon de revolver photographié par Andres Serrano. Avec sa vidéo Rinoplastia, le Mexicain Yoshua Okon nous offre un autre regard sur la violence au quotidien, un monde où la discrimination sociale, l’argent et la misogynie font loi. La caméra suit l’odyssée déjantée et cocaïnée d’adolescents fils de millionnaires, au volant de leur voiture, dans les rues de Mexico. Même constant amer chez Dominic Mc Gill, pour qui le culte rendu au progrès se traduit surtout par la perte progressive de toute humanité : ainsi le caniche toiletté – libre de ses mouvements malgré sa laisse en diamants –, a-t-il déjà gagné la lutte à mort engagée avec le loup – pris au piège. « I’ll tell you something I am a wolf but I like to wear sheep’s clothing » (Garbage) : peut-être son Vampire Killing Kit est-il à disposition pour conjurer le sort ?

Pierre-Yves Desaive

September 16 > October 29 2005

Preview September 15 2005
18.00 > 21.00
SPECIAL THANKS TO PIPER-HEIDSIECK | BADOIT | PASSOA DIABLO | MIG’S WORLD WINES | BERNARD WEBER

for further information contact Jerome Jacobs
aeroplastics main page




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